Résumé IA
- En deux ans, l'IA est passée d'un usage anecdotique à quasi quotidien, avec Claude comme outil principal.
- Je ne design pas plus vite, mais mon temps est mieux réparti : je me concentre sur ce qui apporte le plus de valeur.
- Quatre usages clés : illustrations quand il n'y a pas de budget, prototypes rapides, recherche documentaire et analyse d'enquêtes.
- L'impact écologique de l'IA reste un vrai point noir, que je n'ai pas encore résolu.
Ça va vite, très vite
De « plutôt anecdotique », mon utilisation de l'IA est passée à « quasi quotidienne » en moins de temps que je ne l'aurais imaginé. La routine s'est installée très rapidement, en prenant toujours plus de place sans que je m'en rende compte. Rédiger un petit mail par-ci, avoir une réponse sur un sujet pointu par-là… Aujourd'hui, il est rare qu'un jour travaillé se fasse sans mon bon ami Claude.
Choose your weapon
J'ai déjà un peu vendu la mèche. Comme beaucoup, j'ai commencé par ChatGPT. J'ai lâché rapidement parce que les réponses étaient un peu à côté de la plaque et, comparé à une recherche internet, l'apport était limité.
Puis Zorro Claude est arrivé. J'ai tout de suite vu un changement. Sa compréhension du contexte est hors norme. Ses réponses devancent nos questions. C'est comme un ami à qui on dit qu'on a un peu faim vers 18h00 et qui nous ramène un plateau avec du chorizo, du fromage, des tomates cerises et une bière fraîche. À peine la bière terminée qu'une autre est déjà dans notre main. Forcément, on a envie de rester.
Mais cela ne s'arrête pas aux échanges avec Claude, on peut ressentir cette compréhension dans l'évolution des produits d'Anthropic : Claude Code, l'application desktop, la création du protocole MCP… Chaque mise à jour est tellement… logique et bien pensée.
Je ne design pas plus vite
Je ne traite que de mon métier, mais je crois fermement que l'IA ne nous a pas rendus plus productifs. Je ne crée pas plus de planches, ni plus rapidement. Je ne mets pas moins de temps à designer grâce à l'IA. Certes, l'IA intégrée de Figma permet de gagner du temps sur des tâches répétitives (dupliquer et remplir du contenu texte aléatoire dans des tableurs par exemple), mais c'est un usage différent de l'utilisation de Claude et consorts. Mon temps est mieux réparti, je peux me concentrer sur les tâches plus importantes ou sur lesquelles j'apporte plus de valeur. Je peux explorer plus de pistes parce que Claude me fait gagner du temps sur des tâches très chronophages.
Ce qui a réellement changé
De nombreuses voix dans le graphisme se sont élevées pour dire que l'IA tuait nos métiers. Je suis de ceux qui pensent que le boucher du marché qui fait son affiche sur ChatGPT n'aurait de toute façon pas dépensé 1 euro pour payer un graphiste.
Je ne dis pas que c'est mieux, nous n'en sommes qu'au début et j'ai déjà en horreur toutes ces affiches sans âme copiées-collées (une ardoise remplit beaucoup mieux cette mission qu'une bouse de ChatGPT). Je dis simplement qu'il faut comparer ce qui est comparable. Dans mon métier, la place de la réflexion et de la logique est importante (UX). Même s'il existe des connaissances de base, des règles, la majeure partie de l'information se trouve chez le client ou sa cible. Aujourd'hui, l'humain n'est pas remplaçable pour cette partie.
Par contre, lorsque cette donnée est collectée, c'est assez fastidieux de la retraiter, la trier et en sortir l'essence. Je crois qu'ici l'IA a sa carte à jouer.
Comment j'intègre Claude dans mon travail
Au bout de quelques mois à l'utiliser pour tout et surtout n'importe quoi, j'ai pris un temps de réflexion pour définir comment exploiter réellement l'IA :
- Qu'est-ce que l'IA fait mieux que moi ?
- Qu'est-ce que l'IA ne peut pas faire ?
- Qu'est-ce que l'IA fait plus facilement et où j'apporte moins de valeur ?
- Comment apporter le maximum de valeur en plus de ce que j'apporte déjà moi-même ?
1. Les illustrations
Oui, ça peut paraître un peu contradictoire, je m'explique. Il m'est arrivé, sur des sujets sur lesquels j'ai pu travailler (Fonds Prévention Argile par exemple), qu'aucun budget illustration ne soit dispo (au lancement). Avec l'IA (Midjourney au début, puis Nano Banana et un peu de ChatGPT dernièrement), j'ai pu intégrer (avec parcimonie) quelques illustrations ou images pour égayer certains sites un peu monotones. Encore une fois, sans IA ces images n'auraient simplement pas existé.
Là où cela diffère de notre gentil boucher dont je parlais plus haut, c'est que mon prompt (avec mon métier) est extrêmement précis, orienté. Je sais ce que je veux, j'indique un style, un format, etc. L'image de sortie ne ressemble pas à toutes les affiches que l'on voit partout. Ça n'est pas mieux ou moins bien que notre boucher, c'est juste différent, et ça permet justement d'éviter cette homogénéité que je reproche à l'IA.
2. Tester rapidement
En indiquant des design systems à Claude (notamment au Fonds Prévention Argile), j'ai pu générer rapidement des prototypes interactifs qui me permettent d'explorer des pistes à moindre coût avant de me lancer, d'itérer de manière efficace, ce que je n'aurais probablement pas pu faire avant. Avoir le temps de tester autant au démarrage d'un projet est un luxe, c'est rare.
3. Base de connaissances
Sûrement l'un des aspects que je préfère : aller puiser dans les sites de référence pour ressortir des règles UX, des patterns… Nielsen Norman est un peu ma bible. Lorsque l'on démarre un projet sans aucune base, sans aucune info, on doit s'appuyer sur quelque chose de solide. Ce site propose des standards d'UX/UI, tout est documenté, justifié et s'appuie sur des décennies de recherches utilisateurs. J'ai fait un projet Claude qui puise dans les ressources et m'apporte des réponses factuelles très rapidement. Pour la recherche documentaire, je n'ai pas trouvé mieux.
4. Traiter des résultats d'enquêtes
Les enquêtes utilisateurs, quelles qu'elles soient, sont une mine d'infos. Encore faut-il en extraire le jus. Et c'est quelque chose qui peut prendre beaucoup de temps et qui, disons-le, est extrêmement pénible à faire. Claude m'a permis, en prenant soin d'anonymiser les données, de :
- Traiter facilement des gros volumes de données sur des questionnaires quantitatifs, ressortir rapidement des stats et des tendances.
- Mais aussi et surtout, analyser de la donnée qualitative, analyser des réponses textuelles, créer des grandes catégories (analyse thématique) et calculer leurs occurrences afin de quantifier ces données qualitatives. Cela existait déjà, mais la simplicité avec laquelle on peut le faire change tout. J'adore.
Ne nous voilons pas la face
Je ne traiterai pas ce point en détail, je suis trop peu informé, mais l'aspect écologique est un vrai point noir de l'IA, et c'est un problème. Ça me pose beaucoup de soucis dans l'usage et je n'ai pas encore réussi à ménager la chèvre et le chou.
Pour conclure, est-ce qu'on a vraiment le choix ?
On a toujours le choix, mais je crois qu'ici, si on souhaite continuer à évoluer, la réponse a déjà été choisie pour nous. La question est plutôt : comment l'intégrer dans notre travail, sans perdre ce qui fait l'identité de chacun et en continuant de s'améliorer dans ce que nous livrons ?
De mon côté, pour le moment, j'ai choisi de ne pas subir la situation et d'en faire une force. Je vois l'IA comme des possibilités supplémentaires, à moi de l'utiliser à bon escient.
