Mission en cours → Fonds Prévention Argile
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Concevoir le parcours d'une aide de l'État pour protéger les maisons des fissures liées au retrait-gonflement des argiles, avec deux outils qui ne se parlent pas.
En bref
Concevoir de bout en bout le parcours d'une nouvelle aide de l'État, du simulateur d'éligibilité jusqu'au paiement des travaux, en reliant deux outils qui ne se parlent pas.
Un tableau de bord qui sert de fil conducteur entre le site et Démarche Numérique, deux simulateurs, un espace accompagnateurs, et une enquête auprès de ~800 demandeurs inactifs (316 réponses) qui a débouché sur des blocs d'information et des emails automatiques.
J'aurais dû mettre en place plus tôt des questionnaires utilisateurs automatisés. J'ai privilégié le qualitatif, et ça ne suffisait pas.
Concevoir pour un service public, c'est un objectif qui n'est pas financier, un design system d'État à respecter et l'accessibilité au cœur de chaque décision.
ℹ️ À savoir : le dispositif est en phase d'expérimentation, dans 11 départements pilotes. Le site est en ligne : fonds-prevention-argile.beta.gouv.fr
Le retrait-gonflement des argiles, c'est un sol argileux qui se rétracte quand il fait sec et gonfle quand il pleut. Répété d'année en année, ce mouvement fragilise les fondations : fissures, portes qui frottent, cloisons qui se désolidarisent, canalisations qui cassent.
C'est le 2ᵉ risque naturel le plus coûteux en France après l'inondation. Plutôt que d'indemniser après coup, l'État expérimente un fonds de prévention : il finance un diagnostic de la maison, puis des travaux simples (gestion des eaux de pluie, végétation trop proche, imperméabilisation autour des fondations) avant que les dégâts n'arrivent.
Mon rôle : concevoir le parcours qui mène un propriétaire du « est-ce que je suis concerné ? » jusqu'au paiement des travaux, conforme au Design System de l'État (DSFR).
Tout le projet tient dans une contrainte. Le parcours repose sur deux briques : le site du dispositif, avec son simulateur, et Démarche Numérique, la plateforme de l'État qui sert à déposer les pièces et à faire instruire les dossiers par les DDT.
Problème : Démarche Numérique ne sait pas enchaîner plusieurs démarches entre elles. Or un demandeur en dépose plusieurs à la suite : l'accompagnement, l'éligibilité, le diagnostic, les devis, puis les travaux et le paiement. Sans rien faire, il se retrouve avec plusieurs formulaires sans lien apparent entre eux, et plus aucune idée de là où il en est.
Le parti pris : faire du site le fil conducteur. Après le simulateur, le demandeur se connecte avec FranceConnect et arrive sur un tableau de bord qui lui dit à quelle étape il est, ce qu'on attend de lui, et l'envoie vers le bon formulaire au bon moment. Chaque étape suit la même mécanique : je dépose mes documents, la DDT instruit, je passe à l'étape suivante ou on me demande de corriger.
Les critères sont nombreux : maison individuelle non mitoyenne, résidence principale, zone d'exposition forte, construite depuis au moins 15 ans, assurée, pas de dossier CatNat en cours, plafonds de ressources de l'Anah… Impossible de demander à quelqu'un de lire tout ça avant de commencer.
Le simulateur d'éligibilité pose ces questions une par une (localisation sur une carte, état de la maison, situation du foyer, revenu fiscal) et donne un résultat clair. Si la personne n'est pas éligible, elle le sait avant d'avoir rempli le moindre dossier.
Au-delà de la création des étapes du funnel, j'ai aussi travaillé sur son évolution, avec l'objectif constant d'améliorer la transformation (le gouvernement a son instance Matomo : pas très belle, mais fonctionnelle).
Beaucoup de propriétaires ne savent pas que leurs fissures ont un nom, ni qu'on peut les prévenir. Un second outil, le simulateur de vulnérabilité, les aide à comprendre ce qui ne va pas dans leur maison, pour déclencher le premier pas.
J'ai designé le funnel ainsi que les illustrations qui viennent donner du contexte à un sujet plutôt technique pour le commun des mortels.
Un demandeur n'est jamais seul : un conseiller « Aller Vers » l'oriente, un AMO l'aide dans ses démarches, un maître d'œuvre suit les travaux, et la DDT instruit chaque étape. Et le processus change d'un département à l'autre.
Ces accompagnateurs ont leur propre espace : la liste de leurs dossiers, où en est chacun, les statistiques de leur département, et surtout la prochaine action à mener pour débloquer un demandeur.
Sacré défi : le contenu et les informations sont extrêmement denses et, au moment de la création, le Design System de l'État ne contenait pas suffisamment de composants pour répondre aux besoins. J'ai donc dû extrapoler moi-même, tout en restant dans les clous (notamment pour les questions d'accessibilité).
Dans les chiffres, on voyait des dossiers arrêtés sur les premières étapes, sans savoir pourquoi. Plutôt que de deviner, on a posé la question.
En juillet 2026, un mail est parti vers tous les demandeurs sans activité depuis plus de deux semaines sur l'éligibilité ou le diagnostic, avec un formulaire court : « Où en êtes-vous ? ». Chaque réponse libre a ensuite été lue et classée une par une, recoupée avec les cases cochées. Un motif n'était retenu que si la personne le présentait clairement comme la cause de son blocage.
Où en sont les répondants ?
Enquête menée en juillet 2026 auprès des demandeurs inactifs. Pourcentages calculés sur les réponses reçues, pas sur l'ensemble des demandeurs.
Ce que ça nous a appris, au-delà des chiffres :
À la suite de cette enquête, nous avons mis en place plusieurs blocs d'information aux points du parcours qui étaient bloquants pour les utilisateurs ou qui nécessitaient des précisions. D'autre part, j'ai mis en place des emails automatiques selon des scénarios prédéfinis.
En tant que product designer, mon travail consiste à :
Un projet super enrichissant. Ça change beaucoup d'une entreprise : ici, l'objectif n'est pas financier, et ça transforme complètement la façon de travailler et de penser le service. On ne cherche pas à vendre quelque chose, mais à ce que chaque personne concernée puisse aller au bout de sa démarche.
Travailler avec le design system d'un État, c'est aussi à part. Il impose des contraintes, et ce sont justement elles qui rendent l'exercice intéressant. Par extension, l'accessibilité est plus que centrale : on l'a toujours en tête, mais pour un service de l'État, elle est primordiale et prend tout son sens.
Enfin, quel bonheur de travailler sur un projet qui a du sens, à la fois pour les demandeurs et pour son impact sur la société. On ne sauve pas des vies, mais on aide des gens à protéger leur maison, et ce n'est pas rien.